LA PROTECTION DES SITES INTERNET PAR LE DROIT D'AUTEUR REMISE EN QUESTION ?

Le fait de recopier un site internet selon le tribunal de grande instance de Paris du 28 mai 2009 n’est pas constitutif d’une contrefaçon dès lors que les éléments qui y sont repris ne sont pas originaux. Cependant, cela constitue un acte de parasitisme lorsque la copie crée un risque de confusion dans l’esprit de l’internaute. 

Tribunal de grande instance de Paris 3ème chambre du 28 mai 2009

Jérôme S. / Association Lexeek

 

Selon un jugement du Tribunal de grande instance de Paris du 28 mai 2009, recopier un site n’est pas constitutif de contrefaçon dès lors que les éléments repris ne sont pas originaux. Selon le tribunal, le plan, la structure, la présentation, les balises meta …d’un site Internet, ne confèrent aucune originalité susceptible d’être révélatrice de la personnalité de l’auteur d’un site Internet contrairement à ce qui avait pu être antérieurement décidé.

Cependant, cette reproduction relève du parasitisme lorsqu’elle crée un risque de confusion dans l’esprit du public. Ce qui justifie une condamnation à 20000 euros de dommages et intérêts.

Les faits du jugement Tribunal de grande instance de Paris du 28 mai 2009 sont les suivants, Jérôme S. édite et exploite le site internet www.experts-univers.com sur lequel les internautes peuvent obtenir la réponse, ou répondre à n’importe quelle question, quel qu'en soit le domaine. Parallèlement, l’association Lexeek édite et exploite un site internet www.parole-experts.com qui propose globalement les même services.

Jérôme S. a fait assigner à jour fixe l’association Lexeek devant le tribunal de grande instance de Paris pour avoir commis des actes de contrefaçon de son site en en reproduisant le plan, la structure, l’agencement des rubriques et le contenu. Il lui reproche également de se livrer à des actes de parasitisme et de concurrence déloyale.

L’association Lexeek s’est opposée aux demandes de Jérôme S. en contestant le caractère protégeable du site internet de Jérôme S. par la propriété intellectuelle ainsi que l’existence d’actes de parasitisme.

La défenderesse relève tout d’abord que le site www.experts-univers.com, exploite le concept répandu des questions-réponses et n’apporte aucun contenu éditorial autre que celui-ci résultant des interventions des internautes. Elle ajoute que sa charte graphique, son mode d’authentification, les termes employés, les têtes ou bas de pages revendiqués par le défendeur sont dépourvus de toute originalité. Elle conclut donc à l’absence de protection et d’atteinte à des droits patrimoniaux ou moraux d’auteur.

La défenderesse fait, par ailleurs, valoir que les parties ne se trouvent pas en situation de concurrence car les sites qu’elles proposent ne sont ni identiques ni similaires,

 

 

1-L'existence d’une contrefaçon du site Internet

Pour se voir reconnaître des droits d’auteur, le demandeur doit établir que différents éléments de son site internet sont empreints de sa personnalité et constitutifs d’une oeuvre de l’esprit.

Il invoque la reprise par le site internet de la défenderesse de la balise meta et du header de la page d’accueil de son site.

Cependant le tribunal relève que bien que présentant de forte similitude, la balise meta ne confère aucune originalité susceptible d’être révélatrice de la personnalité de son auteur. En effet, celle-ci reprend des termes extrêmement banals et impropres à justifier une protection par le droit d'auteur.

Selon le tribunal, le même constat est valable pour les titres et  la présentation de son site,  la sélection des questions, les pieds de page, les formulaires permettant de poser une question et le mécanisme des questions/réponses.

En effet, l'utilisation d'une police et d'une présentation similaire ne permettent pas de caractériser un choix de la part du demandeur et ainsi de révéler l'empreinte de la personnalité du demandeur.

Selon le tribunal, le demandeur ne dépasse pas la mise en oeuvre d’un savoir-faire d’informaticien. Ainsi, il n’y a pas lieu de faire application des règles de la propriété intellectuelle et de considérer que la reproduction de certains de ses éléments par le site www.parole-experts.com porte atteinte à des droits patrimoniaux et moraux d’auteur.

Cette décision est à rapprocher de celle de la Cour d'appel de Versailles du 12 janvier 2005 ( Sté Dreamnex c/ Sté Kaligona ) qui faute d’originalité, avait refusé d’admettre la protection par le droit d’auteur à une page de référencement et aux métatags du site, même si une protection par le droit d'auteur avait été admise pour la reprise du contenu du site internet dont elle a reconnu le caractère original de par sa présentation, l’organisation de ses rubriques, le choix des couleurs et ses logos.

Le jugement du Tribunal de grande instance de Paris est donc allé plus loin en refusant la protection par le droit d'auteur d'un site internet.

Cette décision peut sembler excessive puisqu'elle remet fortement en cause la protection des sites internet par le droit d'auteur.

En effet, si la présentation, l'agencement, l'utilisation de couleurs … ne permettent pas de faire ressortir la personnalité de l'auteur, on peut se demander quelles sont les possibilités pour un auteur de site internet de bénéficier d'une protection par le droit d'auteur, puisque pratiquement tous les sites internet suivent une présentation plus ou moins similaire, afin de garantir une navigation aisée des internautes.

Cependant, cette décision n'écarte pas complètement la possibilité d'une protection par le droit d'auteur mais il faudra que le créateur du site fasse preuve d'une plus grande créativité. On peut penser à des animations ou un graphisme particulièrement recherché qui permettrait au créateur d'un site de bénéficier d'une protection par le droit d'auteur.

Malgré le refus d'accorder une protection par le droit d'auteur, le Tribunal de grande instance comme la Cour d'appel de Versailles en 2005 ont accordé pour la page de référencement du site, des dommages et intérêts en se fondant sur la concurrence déloyale et le parasitisme économique. Ce qui permet de ne pas laisser l'auteur  d'un site complètement démuni face à d'éventuels profiteurs.

 

2- La concurrence déloyale et le parasitisme économique

Selon le Tribunal de grande instance, si la démonstration de la copie ne suffit pas à caractériser la contrefaçon, elle établit, en revanche, l’appropriation du travail d’autrui qui permet  d'accorder des dommages et intérêts à la victime même si le contenu de son site ne présente pas suffisamment d'originalité.

En l'espèce, les pages du site de la défenderesse sont la copie exacte du site du demandeur tant dans la forme que dans le contenu. L’appropriation de ce travail et de ce savoir-faire, sans autorisation, constitue un acte de parasitisme qui a permis à la défenderesse de réaliser des économies en limitant ses investissements humains et matériels.

Sur ces constatations, le TGI de Paris a donc condamné l’exploitant du site qui avait copié de nombreux éléments du site du demandeur à 20 000 euros de dommages et intérêts.

Ce montant de dommages et intérêts peut sembler faible d'autant plus que le tribunal n'a prononcé aucune mesure d'interdiction à l'encontre de la défenderesse. Le tribunal accorde ainsi implicitement un droit de copie à 20 000 euros.

A titre de comparaison, dans l'arrêt de la Cour d'appel de Versailles du 12 janvier 2005, la société Kalogona avait été condamnée à verser 30 000 euros sur le fondement de la contrefaçon et  20 000 euros sur celui de la concurrence déloyale pour avoir copié le site d'un concurrent.

L'absence de reconnaissance d'une violation du droit d'auteur prive donc l'auteur du site, d'une partie des dommages et intérêts, qu'il aurait pu espérer si un acte de contrefaçon avait été reconnu.

Reste à savoir, si dans le cas d'un appel, la Cour gardera la même analyse et écartera la contrefaçon bien que la copie du site du demandeur soit démontrée.

Celle-ci pourrait considérer que la présentation du site, l’organisation de ses rubriques, le choix de ses couleurs et ses logos présentent un caractère original comme l'a fait la Cour d'appel de Versailles dans l'arrêt du 12 janvier 2005.

LIENS CONNEXES :

retour à la rubrique 'Autres articles'

Cet article a été rédigé pour offrir des informations utiles, des conseils juridiques pour une utilisation personnelle, ou professionnelle.

Il est mis à jour régulièrement, dans la mesure du possible, les lois évoluant régulièrement. Le cabinet ne peut donc être responsable de toute péremption ou de toute erreur juridique dans les articles du site.

Mais chaque cas est unique. Si vous avez une question précise à poser au cabinet d’avocats, dont vous ne trouvez pas la réponse sur le site, vous pouvez nous téléphoner au 01 43 37 75 63.

| Conditions d'utilisation du site: IDDN | | Contacts | Plan d'accès | English version |
| C G V | Sommaire | Plan | recherche | Internet | Vie des sociétés | Vie quotidienne | Services en ligne | Votre question? |
Connexion sécurisé ssl 256
Nous joindre - Tel : 0143377563
Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies.
Share Suivre: Facebook Avocat Paris Linkedin Avocat Paris Tumblr Avocat Paris Twitter Avocat Paris Google+ Avocat Paris App.net portage salarial RSS Valide!
Retour en haut