Il y a encore quelques dizaines d’années, les noms
des parties étaient toujours communiqués dans les décisions de justice. Or, ces
dernières sont considérées comme publiques et doivent être accessibles par
tous. Si cette communication est longtemps restée assez restreinte et limitée
aux professionnels du droit et aux universités, tel n’est plus le cas
aujourd’hui avec la circulation des décisions sur internet. La création du service public d’accès au droit devait
nécessairement s’accompagner d’un nouveau cadre législatif de diffusion des
données. En effet, l’élargissement de l’accès au droit rendait beaucoup plus
probable les atteintes à la vie privées et à la liberté individuelle puisqu’il
permettait la constitution de fichier et de profil fondés sur des données
personnelles détournées de leur finalité. Il est important de noter que le
caractère public d’une décision de justice contenant des données personnelles
ne doit pas avoir pour effet de priver les justiciables de la protection de
leur vie privée.
Au plan national, la protection des données à
caractère personnel est assurée par la loi du 6 janvier 1978, modifiée le 6
août 2004 pour être en conformité avec la directive européenne du 24 octobre
1995 visant à harmoniser le droit européen des données personnelles pour en
faciliter la circulation tout en assurant la protection de la vie privée et de
la liberté individuelle.
Autrefois
l’anonymisation des décision de justice s’imposait en fonction de la nature de
la décision. Ainsi, la loi sur la presse du 19 juillet de 1881 comportait des
obligations d’anonymisation pour les décisions en matière de diffamation, de
divorce, séparation de corps, mariage, avortement, agression ou atteinte
sexuelle notamment sur les mineurs. Aujourd’hui cette obligation s’est
généralisée à l’ensemble des matières. En effet, la loi de 1978 modifiée
définie la donnée à caractère
personnelle comme : « toute information relative à une personne
physique identifiée ou qui peut être identifiée directement ou indirectement ou
par référence à un numéro d’identification ou à plusieurs éléments qui lui sont
propres. Pour déterminer si une personne est identifiable, il convient de
considérer l’ensemble des moyens en vue de permettre son identification dont
dispose ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou toute
autre personne ». De ce fait, la présence du nom, du prénom et parfois
même de l’adresse des parties à un procès fait sans nul doute partie de cette
catégorie.
La
circulation des informations à grande échelle rendue possible par Internet a
changé la donne dans la mesure où elle permet à tout un chacun par le
biais d’un moteur de recherche de faire la relation entre un nom et une action
en justice. De ce fait une personne qui serait liée à une affaire même au seul
titre de témoin risquerait de se voir ficher à ce titre.
De ce fait, la CNIL a publié une délibération à ce
sujet en 2001 dans laquelle elle préconise l’anonymisation des décisions du
justice. La commission recommande par conséquent aux éditeurs de contenu
mettant en ligne des décisions de justice de supprimer le nom et prénom des
parties ainsi que leur adresse sans pour
autant interdire les noms de lieux afférents. La CNIL a toutefois prévu un assouplissement
pour les bases de données juridiques payantes ou fonctionnant grâce à un
abonnement qui sont en pratique utilisée uniquement par des professionnels du
droit.
En pratique la majorité des décisions publiées
aujourd’hui sont anonymisées.
Un problème similaire s’est posé lors de la
publication en ligne du Journal Officiel. En effet, celui-ci comporte de
nombreux acres individuels, comme des décrets de nationalisation, de changement
de nom, de francisation de noms ou de prénom. Une fois de plus, la divulgation
de telles données sans contrôle est de nature à porter préjudice à la
protection de la vie privée et de la liberté individuelle. En conséquence, le
28 mai 2004, le Conseil d’Etat a adopté un décret qui permet de soustraire à la
publication sous forme numérique du Journal Officiel de tels actes. Ils ne
figurent que dans la version papier, accessible à une catégorie de personnes
beaucoup plus restreinte, composée principalement de professionnels du droit.