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Après
avoir envahi la sphère privée, le phénomène du blog ne pouvait que s’attaquer
au monde de l’entreprise. Dans un premier temps le blog a d’abord été vu
uniquement par l’entreprise comme un danger, dans le sens où le blogueur a la
possibilité de publier des contenus portant préjudice à l’entreprise sur son
blog personnel. Un certain nombre de sanctions disciplinaires ont d’ailleurs
été prononcé à l’encontre des salariés fautifs. Mais depuis peu de temps le
monde de l’entreprise a compris que le blog pouvait être un outil de
communication important pour l’entreprise, en conséquence aujourd’hui dans le
cadre de l’entreprise, patrons, employés, recruteurs créent des blogs pour
promouvoir l’entreprise. Les obligations envers l’employeur Ce
que le blogueur publie sur son blog en dehors des heures qu’il doit consacrer à
son activité professionnelle peut-il entraîner une sanction disciplinaire
pouvant aller jusqu’au licenciement ? Nous évacuons donc ici l’hypothèse
de l’employé qui blogue depuis son bureau en utilisant le matériel de
l’entreprise : il s’agirait ici d’une faute qui entraînerait légitimement
une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement si cet abus nuit au travail
qu’il est sensé fournir pour l’entreprise. Nous ne traiterons ici que du cas où
le salarié blogue dans le cadre de la sphère privée à des heures autorisées. Le
problème réside dans le fait que la séparation entre les sphères publique et
privée n’est pas parfaitement étanche. Ainsi en est-il lorsque le blogueur
traite de son travail sur son blog; est-il tenu alors à respecter certaines
obligations ? Quelles sont les limites dans ce cadre à sa liberté
d’expression ? Nous traiterons des obligations qui incombent à tout
salarié d’une entreprise qui souhaite s’exprimer sur celle-ci, et nous
évoquerons par ailleurs pour chacun de ces principes les atteintes que peut
entraîner les contenus de certains blogs. Qu’est
en droit de révéler un salarié et que doit-il respecter lorsqu’il souhaite
s’exprimer sur son entreprise ? En
la matière, le principe de la liberté d’expression reconnaît à « toute
personne la liberté d’opinion mais également la liberté de recevoir ou de
communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir d’ingérence
d’autorités publiques et sans considération de frontière ». Par
ailleurs l’article L.146-1 du Code du travail dispose que si « les
salariés bénéficient d’un droit à l’expression directe et collective sur le
contenu, les conditions d’exercice et l’organisation de leur travail et que les
opinions que les salariés, quelle que soit leur place dans la hiérarchie
professionnelle, émettent dans l’exercice du droit d’expression ne peuvent
motiver une sanction ou un licenciement » Le
salarié est par conséquent libre de s’exprimer sur son entreprise à condition
toutefois de respecter certaines conditions sous peine de sanctions
disciplinaires voire même de licenciement. Un principe est posé dans un arrêt
du 16 décembre 1998 de la cour de cassation qui dispose que le comportement du
salarié dans sa vie privée ne justifie pas de sanction disciplinaire, sauf si
ce comportement cause un trouble caractérisé à l’entreprise. La
première des conditions est que le salarié de l’entreprise doit respecter ses
obligations de loyauté et de discrétion. De l’article 1134 alinéa 3 du Code
civil sur l’exécution de bonne foi des contrats, la jurisprudence a tiré une
obligation de loyauté due à l’entreprise et qui interdirait à l’employé de
décrire de manière négative son métier ou son entreprise. En
application de ce principe le salarié qui blogue en dehors de ses heures de
travail ne doit pas évoquer de manière négative l’entreprise qui
l’emploie. « Le journal de Max » est le parfait exemple de ce
que pourrait constituer une atteinte à son obligation de loyauté envers son
employeur par un blogueur. Ce blog pourrait constituer une cause de
licenciement et même une faute grave car il viole indéniablement l’obligation
de loyauté du salarié et causerait un trouble caractérisé à l’entreprise s’il
était identifié. Il s’agit d’un blog écrit par un auteur anonyme, qui chronique
au quotidien le vie de bureau au sein de son entreprise avec mordant et dans un
style qui a amené certains observateurs à penser que, derrière Max, se cachait
un auteur réputé. Après pas mal de bruit au sein de la blogosphère, le blog
avait été repéré par la presse avant de devenir l’un des blogs francophones les
plus populaires du moment.
Le
salarié doit respecter le secret de fabrique et le secret professionnel.
L’article L. 432-7 du Code du travail dispose que « les membres du
comité d’entreprise et les délégués syndicaux sont tenus au secret
professionnel pour toutes les questions relatives aux procédés de fabrication.
En outre, les membres du comité d’entreprise et les représentants syndicaux
sont tenus à une obligation de discrétion à l’égard des informations présentant
un caractère confidentiel et données comme telles par le chef d’entreprise ou
son représentant ». L’article
L.621-1 du Code de la propriété intellectuelle reprenant les termes de
l’article L.152-7 du Code du travail précise que « le fait, par tout
directeur ou salarié d’une entreprise où il est employé, de révéler ou de
tenter de révéler un secret de fabrique est puni de deux ans d’emprisonnement
et de 300000 euros d’amende. Le tribunal peut également prononcer, à titre de
peine complémentaire, pour une durée de cinq ans au plus, l’interdiction des
droits civiques, civils et de famille prévue par l’article 131-26 du Code
pénal ».
En
outre, dés lors que la révélation de ce secret a pu causer un préjudice à la
société, celle-ci est fondée à intenter une action sur le fondement de la
concurrence déloyale en vertu de l’article 1382 du Code civil. Par
ailleurs et de manière général, toute personne soumise au secret professionnel
ne peut divulguer une information qui lui a été confiée sous le sceau du
secret. Le blogueur doit en conséquence de ces principes prendre garde à ne pas
révéler d’informations à caractère secret sur son travail. Il est ainsi tenu de
respecter une obligation de secret et de confidentialité. Le non respect d’une
clause du contrat de travail, par exemple relative au secret professionnel peut
être constitutif d’une faute justifiant la mise en cause de sa responsabilité
civile. On pourrait rapprocher ces obligations du devoir de neutralité des
fonctionnaires. Ensuite
le salarié doit respecter les dispositions d’une clause de non concurrence. Un
ex-employé ne peut utiliser l’expérience, ainsi que les connaissances acquises,
pour porter atteinte aux intérêts de l’entreprise à travers son blog s’il a
signé une clause de non concurrence dans la mesure où cette dernière est
valable, c'est-à-dire si elle est «indispensable à la protection des
intérêts de l’entreprise, limitée dans le temps et dans l’espace, qu’elle tient
compte des spécificités de l’emploi du salarié et comporte une contrepartie
financière, ces conditions étant cumulatives ». Enfin,
dans ce domaine comme dans d’autres, les infractions que l’on retrouve le plus
fréquemment sur les blogs sont celles de diffamation et d’injure. Elles peuvent
concerner une personne physique, mais également une personne morale ; le
salarié se doit donc de garder un ton neutre dans les critiques qu’il
adresserait à son entreprise à moins de se prévaloir de l’exception de vérité.
Celle-ci joue lorsque l’auteur peut apporter la preuve des propos jugés
diffamatoires mais également la preuve de la légitimité du propos relatant le
fait prétendu diffamatoire. En l’occurrence, les éléments de preuve doivent
avoir une origine licite, transparente et devraient être en la possession de
l’auteur de la diffamation au moment de l’infraction. Le
blogueur peut formuler des critiques contre l’organisation et le fonctionnement
de l’entreprise, à condition de ne pas utiliser des termes injurieux,
diffamatoires ou excessifs : « le droit de libre critique cesse devant
les attaques personnelles et le salarié ne doit pas faire diffamation
publique ». Bien
qu’il semble logique que l’on puisse appliquer l’ensemble de ces obligations au
blogueur, il n’existe à ce jour, aucune réponse certaine quant à savoir ce qui
est permis ou non de dire sur son blog au sujet de l’entreprise pour laquelle
on est employée. La loi est muette à ce sujet, et la jurisprudence inexistante
sur les blogs, la cour de cassation n’ayant pas encore eu à statuer sur une
telle question, et la disparition récente de la dispense de ministère d’avocat
au conseil pour les pourvois en matière sociale n’est pas de nature à favoriser
l’intervention d’une décision sur ce sujet dans un avenir proche. Il
existe bien quelques exemples de jurisprudences aux Etats Unis. Un ingénieur
chez Microsoft avait été licencié pour avoir publié sur son blog des photos de
livraison de palettes d’ordinateurs de la marque Apple au siège de Microsoft
avec pour commentaires « Même Microsoft veut des G5 ». Après cet
évènement, le géant des logiciels a tenté de redorer son blason en incitant ses
salariés à bloguer. Ainsi on pouvait lire un ingénieur de chez Microsoft qui
tançait sur son blog le PDG de Microsoft pour avoir apporté son soutien à une
loi contre la discrimination homosexuelle. Après deux semaines d’âpres
discussions sur ce même blog, la société de Bill Gates réaffirmait son soutien
à la législation pro homosexuel. Une
autre affaire concernait la compagnie aérienne Delta Airlines qui avait mis à
pied une de ses hôtesses de l’air car elle avait diffusé sur son blog une photo
sur laquelle elle portait l’uniforme de la compagnie. En France un salarié ne
pourrait être sanctionné sur le même fondement à condition de ne pas avoir
d’attitude ridicule, ou portant atteinte à la notoriété de l’entreprise.
En
France on pourrait citer l’exemple d’un stagiaire qui a estimé ne pas avoir
bénéficié d’une prime de fin de stage car il avait critiqué dans son blog
l’intranet de l’entreprise qui l’employait. Le Tribunal de grande instance de
Bobigny a estimé dans une autre affaire que la divulgation sur un blog par un
syndicat, d’informations financières et salariales sensibles voire
confidentielles à des tiers et notamment à des concurrents, pouvait causer un
préjudice moral à une société. Si
le blog peut présenter parfois un certains nombre de dangers pour une
entreprise, il représente de plus en plus un atout pour celle-ci. Le blog : un outil pour l’entreprise Après
avoir été longtemps craint, le blog devient de plus en plus un outil de
communication pour l’entreprise. Communiquer plus efficacement, fédérer les
équipes, créer du lien avec les clients ou les fournisseurs, recruter de
nouveaux collaborateurs… Le blog devient l’outil de mangement de pointe dans
les entreprises. En alimentant régulièrement en notes son blog, le dirigeant
peut se livrer, se créer une image d’homme moderne et accessible, tandis que
l’employé peut valoriser son travail en exprimant son savoir et son savoir
faire. Le
blog peut être utilisé de différentes façons. De façon externe, le blog d'une
société s'apparenterait à un nouveau canal d'information au même titre qu'un
site corporate. Mais, par rapport à ce dernier, le blog peut, grâce à son
organisation, devenir un lieu privilégié pour les clients, les fournisseurs,
les partenaires. Mais selon le dirigeant, la principale plus-value d'un blog à
usage externe réside dans la possibilité de recevoir l'avis des clients de
l'entreprise d'une manière beaucoup plus directe et plus réactive qu'un site
classique ou qu'un centre d'appels. De nombreux dirigeants ont ainsi lancé
leurs blogs et récoltent le feedback des clients. Pour ces derniers, la
proximité établie par le blog permet des réactions plus libres et plus riches.
Dans ce cadre, le blog améliore la visibilité de l'entreprise. En
interne, le blog peut facilement rejoindre les outils classiques de gestion de
projets. Selon les spécialistes en marketing, il est nettement plus facile de
mener à bien un projet via un blog que par le biais d'emails par exemple. Sur
un blog, la communication est diffusée de manière inversée : le porteur du
projet va expliquer son projet sur le blog, puis informer en une seule fois
toutes les personnes concernées. Celles-ci pourront à leur tour l'enrichir en
publiant des commentaires". Inutile donc de perdre du temps avec plusieurs
emails dont il faut à chaque fois reprendre la source. Le blog peut donc
permettre une économie de temps et donc d'argent. Le contenu des blogs de
projets peut aussi être regroupé au sein de portails internes spécifiques. Chez
Disney, un petit département a commencé comme cela et aujourd'hui c'est toute
l'entreprise qui gère ses projets de cette manière. Les
syndicats apprécient également l’apparition de cet outil dans l’entreprise,
puisque dans l’utilisation du blog, ils trouvent un support de communication
simple et efficace. Le
blog au sein de l'entreprise ne présente cependant pas que des aspects
positifs, les grandes marques peuvent subir par exemple les assauts des
blogueurs passionnés qui ouvrent des blogs spécialisés sur les marques. Si les
dirigeants et les cadres disposent ainsi d'un excellent outil d'étude
permettant d'évaluer la perception de la marque et des produits, l'entreprise
devient fatalement la cible de blogs contestataires ou critiques. Ce qui peut
être très préjudiciable sur le plan commercial. Il arrive dans certains cas que
l’outil se retourne contre ses dirigeants. En effet durant le rachat de Tiscali
France par Tiscali Italia, les blogs ont permis aux salariés d’exprimer leur
colère contre leurs dirigeants sans que ces derniers ne trouvent à y redire. En
s’emparant de ce mode de communication, les employés mettent fin au monopole de
l’information descendante. Sans besoin d’un intermédiaire, le simple employé
peut directement interloquer son dirigeant et vice et versa. Par
ailleurs, le blog d’entreprise n’est pas pour autant ouvert à n’importe quel
contenu. Les employés doivent respecter certaines règles dictées par
l’entreprise. Certaines grandes sociétés comme Microsoft, ont devancé le
problème en imposant une charte de bonne conduite dans l’utilisation des blogs
des employés. En
outre, si le blogueur a créé le blog dans le cadre de son activité
professionnelle, il est tenu sur son blog à la réglementation qui encadre son
activité. Toute société qui effectuerait de la publicité au travers de son blog
doit respecter la réglementation applicable et en particulier les articles
121-1 et suivants du Code de la consommation qui répriment toute publicité
trompeuse et encadrent la publicité comparative. A cet égard, lorsqu’un
laboratoire de cosmétique a crée un blog dédié à un nouveau produit qui se
présentait comme le journal de bord d’une consommatrice dudit produit qui
chaque jour décrivait les effets du traitement sur sa peau, il s’est en réalité
avéré qu’il ne s’agissait que d’un exercice publicitaire : ledit
laboratoire filtrait les commentaires des internautes et l’utilisatrice n’était
qu’un personnage de fiction. Ce blog aurait pu constituer une publicité
trompeuse ou mensongère notamment, si, dans son contenu, le laboratoire faisait
état de résultats obtenus avec ce produit qui n’avaient pas été constatés lors
de tests sur des personnes ayant le profil de l’utilisatrice type créé pour les
besoins du blog. Le
blog est donc un outil à double tranchant pour l’entreprise. Mal maîtrisé, il
peut s’avérer fatal en termes d’image et de communication pour l’entreprise.
Bien utilisé, il est un facteur de croissance et de progrès. Loic
Le Meur, PDG de Six Apart France et éditeur d’outils de publication de blogs,
insiste principalement sur l’idée que la communication par voie de blog doit
se faire dans un souci de transparence. Cette méthode permettant d’éviter ou de
limiter certaines crises avec les salariés, mais également avec les clients à
condition que les informations divulguées sur le blog soient intéressantes et
fréquemment mises à jour. Ainsi,
quels que soient les risques que peut comporter la prolifération des blogs en
raison de leur caractère difficilement contrôlable et les interrogations que ce
phénomène a pu susciter, il n’en demeure pas moins un moyen d’exercice de la
liberté d’expression dont toutes les couches sociales se sont emparées et un
moyen de communication incomparable qui a désormais envahi le monde politique
comme le monde des affaires.( octobre 2006) |
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